QUELQUES PRECIGNEENS REMARQUABLES

                                                                    Saint Ménelé

            Au 7è siècle, vers 660, le puissant seigneur des Parillers, Arnaulf, aussi appelé Amanulf, et son épouse Docule ont un fils qu’ils prénomment Ménelé.

            Il ne reste pratiquement rien du château des Parillers mais c’était un domaine important, peut-être une ancienne villa gallo-romaine.

            Dès son enfance, le jeune garçon est fort pieux et aime se recueillir dans l’église Saint Martin.

            Devenu jeune homme, son père veut le marier mais il refuse malgré les coups qu’il reçoit. Cependant, il finit par accepter d’épouser Sense, fille du seigneur saumurois Baronte, mais la veille des noces, il s’enfuit en compagnie de son serviteur Savinien.

            Les fugitifs gagnent l’abbaye de Cormery, près du Puy en Velay, où ils passeront sept années de vie monastique. C’est alors que Ménelé reçoit du ciel l’ordre de partir s’installer à Menat dans le Puy de Dôme afin de rendre vie à la vieille abbaye bénédictine en ruines. Il en devient le Père Abbé.

            La réputation de l’abbaye, qui compte une centaine de moines, est si grande qu’elle parvient jusqu’en Anjou. La mère, la sœur et l’ancienne fiancée de Ménelé décident de se rendre à Menat et de devenir moniales du couvent qu’elles fondent. Furieux, le seigneur Baronte débarque en Auvergne avec 250 soldats avec l’intention d’occire Ménelé mais il tombe subitement aveugle. Ménelé prie alors le ciel de lui rendre la vue. Reconnaissant, Baronte devient bienfaiteur de l’abbaye.

            On raconte que Ménelé aime se réfugier dans une grotte près de laquelle coule une fontaine devenue miraculeuse.

            Le futur saint décède le 22 juillet 720. Savinien lui succède comme prieur durant vingt ans avant d’aller partager son tombeau.

            Dix siècles plus tard, en 1712, suite à la demande de Colbert de Torcy, propriétaire de Bois Dauphin, les reliques (quelques os et des dents) des deux saints arrivent à Précigné. D’abord, solennellement déposées dans la chapelle seigneuriale de l’église St Pierre, en 1784, une partie de celles-ci est transportée dans une église sabolienne ; elles disparaîtront dans la tourmente révolutionnaire. Les reliques conservées à Précigné sont transférées en 1869 dans la chapelle St Ménelé, édifice modeste dont le choeur fut érigé au 12è siècle et restauré au 15è, sur les terres de la ferme de la Larderie, voisine des Parillers. La nef est plus récente, sans doute du début du 17è siècle. On pense que le retable fut installé en 1712 ; le bénitier porte la date de 1647 ; la cloche, petite puisqu’elle ne mesure que vingt centimètres de haut, est fort ancienne, vers 1500.

            Il est attribué à Ménelé quelques miracles : des gens recouvrent la vue, un enfant ressuscite, un infirme guérit. C’est ce qui lui vaut d’être considéré comme saint par la population mais le pape ne l’a jamais canonisé. Ménelé est souvent représenté avec un lapin, on peut voir sa statue dans l’église de Saulges. On raconte que, enfant, il parlait aux lapins et savait les convaincre de quitter leurs terriers pour le suivre. L’habitude est vite prise de le prier pour être débarrassé d’eux et des dégâts qu’ils occasionnent. Un ancien curé de Précigné, vers 1970, ne croyant pas à sa sainteté, le traitait de « saint pour les lapins » !

            L’abbé Persigan, natif de Précigné, rétablit en 1877 le culte de St Ménelé considéré comme un protecteur de la campagne. En cas de sécheresse, on n’hésitait pas à le prier pour qu’il envoie la pluie.

            Jusque vers 1970, la procession des Rogations conduisait, un matin de mai, les fidèles à pied jusqu’à sa chapelle où une messe était célébrée pour les biens de la terre.

            Chaque année encore, le 22 juillet, jour anniversaire de sa mort, une messe est dite dans la chapelle.

            Deux ex-voto y furent posés, l’un en 1871, l’autre en 1946, pour remercier notre saint d’avoir protégé Précigné durant deux guerres.  


Madame de Bonnes Eaux

            Madame de Bonnes Eaux a-t-elle réellement vécu l’aventure qui fit sa gloire ? Dans diverses provinces de France, on relate des histoires similaires.

            Née à Précigné en 1649, Gabrielle Sigoigne est la fille de René Sigoigne, notaire royal, et Antoinette Drouet.

            Alors qu’elle a déjà dépassé la trentaine, elle épouse Julien Thieslin, sieur du Coudray et de Bonnes Eaux, riche propriétaire qui exerce la profession de marchand. Le mariage est célébré en l’église St Martin en mars 1683. La mariée apporte une belle dot constituée de plusieurs maisons.

            Les époux s’installent dans l’hôtel de Bonnes Eaux, aujourd’hui disparu, qu’on croit pouvoir situer là où se trouvait l’ancienne entreprise de maçonnerie Courtaugis. La jolie maison du Coudray leur sert de maison de campagne.

            Le couple a le chagrin de perdre ses deux fillettes décédées en bas âge.

            Peu après, en 1694, Gabrielle tombe malade. Le médecin diagnostique une « langueur de maladie » ou une « fièvre quartaine ». Maintenant, on parlerait de dépression. Elle rend son dernier soupir.

            Suivant son désir, revêtue de ses plus habits et parée de ses bijoux, la défunte est conduite dès le lendemain au grand cimetière. On peut supposer que la cérémonie a lieu de nuit puisqu’elle se déroule à la lueur des flambeaux.

            Quelques heures plus tard, le bourg étant assoupi, un de ses serviteurs s’introduit furtivement dans le cimetière avec le projet de faire fortune en dépouillant le cadavre de ses bijoux. Hélas, les doigts de la morte sont gonflés et l’empêchent de faire glisser les bagues. Alors, il sort son couteau et entreprend de couper un doigt. Le misérable, entendant la morte crier « vous me faites mal » s’enfuit à toutes jambes.

            La fraicheur de la nuit aide la « ressuscitée » à reprendre ses esprits.

            On imagine aisément la stupeur du veuf lorsque Gabrielle rentre au logis, peut-être encore drapée dans son suaire blanc. Les époux ont dû avoir du mal à trouver le sommeil cette nuit-là ! On ignore si le mari fut heureux de reprendre la vie conjugale et si Gabrielle a généreusement récompensé son valet.

            Sa santé et son moral ont dû être bien meilleurs puisque, trente ans plus tard, c’est son tour de conduire son époux au cimetière en 1726. Ayant atteint l’âge avancé pour l’époque de quatre vingt cinq ans, elle trépasse pour la deuxième fois le 26 juin 1734.

            Elle retrouve son ancienne tombe mais, cette fois-ci, il n’y aura pas de nouveau miracle.

            Sa tombe n’existe plus au cimetière. Il paraît que les pierres du monument ont servi à la réparation du pont de la route de Sablé.

            Cette « résurrection » permet à la dame de Bonnes Eaux de connaître une gloire quasi-éternelle.


                                                           EMMANUEL DE ROUGE

            Le vicomte Olivier Charles Camille Emmanuel de Rougé nait à Paris en 1811. Fils d’Augustin de Rougé et d’Adélaïde de La Porte de Riantz, il épouse Valentine de Ganay et aura cinq enfants.

            Décoré de la Légion d’honneur, membre de l’Institut de France et de l’Académie des Sciences, sa grande passion c’est l’Egypte où il se rend en mission scientifique.

            En 1849, il devient conservateur du musée égyptien du Louvre et, en 1864, professeur d’archéologie au Collège de France. Grand admirateur de Champollion qui, le premier, a déchiffré les hiéroglyphes, il poursuit son œuvre inlassablement et déclare : « le canard des hiéroglyphes est une bête singulièrement venimeuse, dès qu’il vous a mordu, on en a pour la vie ».

            Tout en menant une brillante carrière administrative, il écrit et publie une importante série de travaux fondamentaux pour la philologie égyptienne. Il travaille sur les inscriptions du tombeau d’Ahmès et sur le poème de Pentaour, qui célèbre Ramsès II victorieux à la bataille de Quadesh, gravé sur plusieurs temples de la 19è dynastie ; il étudie également le rituel funéraire des anciens égyptiens et traduit de nombreux textes en les commentant.

            Par ailleurs, il prend part à la vie politique française en devenant conseiller d’Etat en 1854. Il est le dernier sénateur nommé par Napoléon III mais la guerre de 1870, qui éclate alors, empêche la promulgation de sa nomination.

            Emmanuel de Rougé est maire de Précigné de 1871 à 1873, année où il meurt subitement.

            Son fils Jacques de Rougé lui succède, puis en 1904 ce sera son petit-fils Alain.

            On peut voir son buste aux musées du Louvre et du Caire.

            A Précigné, il existe une rue Emmanuel de Rougé.

                       LOUIS CHEVALIER

            Louis Chevalier voit le jour à Précigné en 1852 dans une famille très chrétienne. Ses parents, Louis Chavalier et Rosalie Penchèvre, originaires de Malicorne, avaient obtenu en 1844 l’autorisation de construire un four à poterie avec une haute cheminée, dans l’ancienne auberge du Lion d’Or, sise aujourd’hui au 18 de la rue St Pierre. Ils produisent des poteries dont certaines sont d’une rare couleur mauve grâce à l’emploi du manganèse.

            Louis aura une vie bien remplie.

            Il débute sa formation au petit séminaire de Précigné, puis, en 1875, ordonné prêtre, il est nommé professeur de sciences au collège St Paul de Mamers.

            En 1879, son champ d’action lui parait trop restreint : sa passion, c’est la botanique, il rêve de fleurs et de plantes exotiques. Il part au Sahara où il a la joie de découvrir de nouvelles espèces et de se faire de nombreux amis. Il constitue un herbier de plus de six cents volumes qui, à l’exception d’un seul, disparaitront dans un incendie.

            L’abbé Chevalier est membre de plusieurs sociétés scientifiques et correspond avec d’illustres botanistes européens. Pour financer ses travaux et ses voyages, il lui faut devenir précepteur dans des familles.

            En 1908, il se met au service de la paroisse de Précigné et, en 1918, accepte la charge de curé de Notre Dame du Pé où il restera dix huit ans et sera très apprécié. En remerciement, l’évêque l’honore du titre de chapelain épiscopal. Il aura la joie de revoir l’Afrique une dernière fois, en 1930, en participant à un congrès religieux à Tunis.

            Frappé par la maladie alors qu’il a quatre vingt quatre ans, il est hospitalisé au Préventorium où il décède en avril 1938.

            Il repose dans le cimetière de Notre Dame du Pé.

            Une rue de notre commune porte son nom et rappelle qu’il fut prêtre, botaniste, naturaliste et explorateur.

                                                         MONSEIGNEUR ROUSSEAU

            Norbert Rousseau est né à Luché Pringé (72) en 1871. Elevé dans une famille à l’esprit très chrétien, puisque ses deux sœurs seront religieuses et que son frère deviendra prieur de l’abbaye de la Grande Chartreuse, il commence ses études au petit séminaire de Précigné et les termine à Rome.

            Après avoir enseigné dans un séminaire durant vingt cinq ans, il est nommé évêque du Puy en Velay en 1925. Il s’intéresse particulièrement au développement des écoles libres, au chant grégorien et au recrutement des prêtres que, visionnaire, il prévoit difficile.

            Très attaché à Précigné où sa famille, à la fin du XIXè siècle, a acquis le château du Perray-Neuf, ancienne abbaye des Prémontrés, il est accueilli en grande pompe en 1928 par la paroisse. A cette occasion, il offre la statue de sainte Thérèse qui orne toujours l’église. Des cartes postales anciennes montrent l’église décorée et illuminée lors de cette journée.

            Monseigneur Rousseau meurt en octobre 1939 alors qu’il se reposait dans sa propriété du Perray, victime d’un infarctus.

            Sa sœur Suzanne, qui habitait le Perray après avoir dû quitter son couvent pour des raisons médicales, ce qui ne l’empêchera pas de mourir centenaire, était bien connue des Précignéens. Pendant une petite dizaine d’année, durant et après la dernière guerre, elle avait été une des premières femmes conseillères municipales ; précisons qu’elle fut d’abord nommée par le préfet, puis élue en 1946. Très pieuse, elle se rendait chaque matin à la messe, tout de noir vêtu, en tricycle, ignorant tout du code de la route.

            Un autre élève sarthois du petit séminaire de Précigné, Alexis Charost (1860-1930) devint évêque de Lille de 1913 à 1921 où il se soucia beaucoup du sort de la population durant la Grande Guerre, puis cardinal de Rennes.

                                                  CHANOINE CALENDINI

            Louis Calendini, natif du Luart (72) en 1876 est un prêtre passionné par l’histoire de la Sarthe.

            D’abord professeur au collège St Paul de Mamers (1900-1903), il devient curé dans différentes paroisses du département. Il finira avec le titre de chanoine.

            Parallèlement à ses activités sacerdotales, c’est un historien spécialiste de l’histoire des communes sarthoises et leurs familles célèbres.

            Il publie quelques livres sur des sujets religieux comme « La religion dans le Maine » et « Les vitraux de l’église Notre Dame des Marais à Mamers » qu’il admirait particulièrement. On lui doit aussi une histoire du collège de Précigné.

            Membre de plusieurs sociétés historiques, il rassemble une grande quantité d’ouvrages, journaux, manuscrits sur divers villages, ce qui lui permet de publier moult articles dans la presse et les revues savantes, ainsi que dans les bulletins paroissiaux.

Il possède le chartrier (documents officiels) de la célèbre famille La Varenne-Choiseul-Praslin.

            De 1928 à 1947, date de son décès, il réside au Préventorium de Précigné dont il est l’aumônier ; cela explique que son nom fut donné à la rue qui y conduit.

            Ses articles contant Précigné autrefois enrichissent nos vieux bulletins paroissiaux et sont une mine précieuse de renseignements.

            Les Archives départementales de la Sarthe ont été heureuses de recueillir ses papiers qui occupent cinq mètres cube.

                                                                                                                                 E. M. P