PRECIGNE AU XIXème SIECLE


                                Chapitre 2 : L’École

 

               Ce fut le problème majeur du siècle pour la commune.

               Avant la Révolution, les enfants, riches ou pauvres, pouvaient fréquenter l’école de l’abbé Colombeau, installée dans l’ancien couvent des Cordeliers.

               En 1794, la municipalité républicaine est tenue d’ouvrir une école qu’elle installe dans l’ancien presbytère, seul local disponible. Avec les instituteurs Pierre Drouault et Jacquine Chevron qui jouissent d’une bonne réputation, l’école accueille, dans deux classes, quatre vingt dix élèves, en principe des deux sexes, à qui ils apprennent la lecture, l’écriture ancienne et moderne, les bases du calcul, les principes de la langue française et la géographie. Mais bientôt, elle n’est plus fréquentée que par une demi-douzaine d’élèves, les parents ne faisant pas confiance au nouveau maître, M. Oriard qu’il faut destituer pour cause d’immoralité. Il en résulte que les jeunes Précignéens sont illettrés. Il est remplacé par M. Houillère, dont la maison personnelle sert d’école, mais son enseignement est si médiocre qu’il sera renvoyé en 1839 et remplacé par les Frères de la congrégation de Sainte Croix. Les gendarmes ayant enfin quitté la Maison Commune, l’école peut s’y installer vers 1840.

 

                  La loi Guizot de 1833 a confirmé l’obligation pour les villages de plus de cinq cents habitants d’avoir une école communale de garçons. Celle-ci est payante selon un tarif qui varie en fonction des revenus des familles.
                 En outre, la mairie est tenue de payer l’instruction des enfants pauvres. Les ressources municipales sont si faibles que ce n’est qu’à partir de 1837, après avoir vendu des terrains, que la commune peut respecter la loi et prendre en charge quarante cinq enfants de familles miséreuses ; ils seront plus de soixante en 1850. Le sous-préfet accorde un prêt qui permet quelques travaux dans le local scolaire. Dès 1850, il devient nécessaire et urgent d’avoir une nouvelle « maison d’école » car celle existante est trop exiguë  pour accueillir tous les enfants, notamment les plus pauvres qui ne peuvent pas tous être scolarisés, et son insalubrité met leur santé en danger. Les Frères envisagent de quitter Précigné et l’inspecteur menace de fermer l’école

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                 Le Conseil municipal va mettre quarante ans pour prendre une décision ! Est-ce bien nécessaire ? Où trouver l’argent ? On envisage d’agrandir et de réparer l’école actuelle, ce serait la solution la moins onéreuse, mais l’Inspecteur refuse. Faut-il acheter un bâtiment et le rénover ? Ne vaut-il pas mieux en construire un ? Et où ? Place de l’église, c’est jugé trop près des cafés ; du côté de la Place Neuve, trop excentré. Doit-on prévoir trois classes ou seulement deux pour les cent trente deux élèves ? Il faut aussi songer aux logements des maîtres. Ne serait-il pas judicieux d’installer aussi la mairie dans le même bâtiment ?


                  En 1854, on vote «  oui » majoritairement pour une nouvelle école et à l'achat d'un terrain à la sortie du bourg, mais l’année suivante, c’est le «  non » qui l’emporte car ce projet va forcément entrainer une augmentation des impôts ; les propriétaires qui sont membres de droit du Conseil poussent les hauts cris. Régulièrement, on ressortira le projet et on s’empressera de refermer le dossier !

   

                  Les lois Ferry de 1881 et 1882 instituent l’école laïque, gratuite et obligatoire de six à treize ans. Le Conseil ne peut plus reculer. Des plans sont établis prévoyant trois classes, projet refusé par le préfet qui le juge grandiose pour une commune qui n’a aucune perspective de voir sa population augmenter. Finalement, la Commune achète en 1889 la maison Moquet, bien qu’elle soit frappée d’alignement, sise rue Abbé Chevalier, là où se trouvait juqqu'en 2015 la bibliothèque, et y aménage deux classes et deux logements pour les maîtres. Il faut emprunter quarante mille francs, une très grosse somme, remboursable sur quarante ans. La nouvelle école est inaugurée, enfin, en 1892 en grande pompe, la fête dure toute la journée. Ce sera l’école publique de garçons durant une centaine d’années ( aujourd'hui Espace Molière, médiathèque intercommunale ).  Le Conseil se réjouit que la construction de l’école ait donné du travail aux artisans locaux ; le menuisier Jules Blossier a fabriqué deux bureaux pour les maîtres et soixante tables à deux places ; Auguste Desportes, ferblantier, a fourni tableaux, armoires et poêles.

                  L’école ne pose pas seulement des problèmes de locaux. Devenue laïque, les Frères doivent s’en aller, avant que ne soit édifié le nouveau bâtiment.


                 Comment trouver un bon instituteur laïc qui accepte de venir dans une école sordide avec un salaire misérable ? Il pourrait peut-être aussi tenir le poste de secrétaire de mairie, ce qui augmenterait son revenu mais comment fera-t-il deux journées en une ?


                 Finalement, en 1885, on déniche un jeune enseignant talentueux, M. Guittet qui fait faire des progrès rapides et incroyables aux enfants si longtemps laissés à l’abandon. Ce maître remarquable donne aussi des cours aux adultes qui s’y pressent nombreux. Il faudrait mieux le payer car, ailleurs, il pourrait gagner le double. Où trouver l’argent ? A la rentrée de 1884, on réclame un instituteur adjoint et, en 1912, il en faudra un troisième pour la centaine de garçons scolarisés.

                  En 1908, les classes et les logements des maîtres seront électrifiés mais les travaux d’amélioration des logements réclamés par le corps enseignant seront refusés par manque d’argent.
 
                  En 1852, l’Etat impose aux communes la création d’une petite bibliothèque dans les écoles. Le Conseil municipal s’y oppose, estimant, qu’après la classe, les enfants ont autre chose à faire que de lire puisqu’ils doivent aider leurs parents. Grâce à un don d’une dame Cobert, en 1853, les enfants pauvres  bénéficient de la gratuité des manuels scolaires. En 1882, est créé une Caisse des Ecoles, habilitée à recevoir dons et legs. La mairie peut occuper les locaux laissés libres par l’école, après rénovation. Et les filles ?


                  M. Jacques Bréhier-l’Hardière lègue en 1819 à la commune de Précigné la propriété dite « la Maison de Charité » ( actuelle école de La Voutonne ) à condition qu’elle devienne maison d’instruction des filles. En contrepartie, la commune doit dédommager ses héritiers en leur versant la somme de quatre mille francs. Précigné est bien incapable de payer une telle somme et s’apprête à renoncer au legs quand M. le vicomte de La Porte de Riantz et sa sœur Mme de Saint Sauveur proposent de se substituer à la commune sous certaines conditions. De plus, ils verseront une rente pour aider au fonctionnement de l’école qui ouvre en 1820. L’enseignement est assuré par les Sœurs d’Evron. Plus tard, un petit pensionnat dépendant de l’école rendra bien des services. Près de deux cents fillettes sont scolarisées.
           
                  La mairie ne peut que se réjouir de cette école qui ne lui coûte rien ; cependant, à partir de 1875, les filles dans le besoin bénéficieront également de l’aide municipale.  Mais, voilà qu’en 1890, l’école publique devient aussi obligatoire pour les filles. Les Sœurs d’Evron doivent quitter les lieux car l’Etat nomme une institutrice laïque bien que le Conseil municipal ait supplié le Préfet de ne pas laïciser l’école car cela  coûtera trop cher. Le maire, Jacques de Rougé, s’abstient d’assister à l’installation de Madame Georget, la nouvelle institutrice. Il s’ensuit que la famille de Rougé, descendante des généreux donateurs, exige qu’on lui rende les quatre mille francs, ce que le Conseil municipal est bien obligé d’accepter. Par suite, il faut, en 1895, recourir à un emprunt sur trente ans et à nouveau augmenter l’impôt.


                   L’école des filles est ainsi devenue propriété de la commune qui doit élever un mur pour la séparer de l’hospice. Elle compte quarante huit élèves dont vingt de moins de six ans ; c’est pourquoi, en 1896, ouvre une classe enfantine accueillant les garçons et les filles ; en outre, cela permet de concurrencer l’école privée qui en possède déjà une.  Puis, c’est un préau qu’il faut construire. Il faudra attendre 1923 pour obtenir une troisième classe.


                   En 1910, la mairie accepte de financer des cours pour les femmes.   

                   Les Sœurs d’Evron ne quittent pas Précigné puisque, grâce à l’aide des châtelains de Bois-Dauphin, dès 1891, elles ouvrent une école libre, avec une classe maternelle, qui prend le nom de Saint-Joseph et accueille les trois quarts des fillettes précignéennes. Mais, en 1902, elles sont priées de partir (la presse dit même qu’elles sont chassées), laissant la place à deux institutrices civiles jusqu’en 1937, date à laquelle ces dernières seront remplacées par les Sœurs Marianites de Sainte Croix, ce qui présentera l’avantage de coûter moins cher à la paroisse.

                   Les parents, qui ne respectent pas l’obligation scolaire, se voient privés des aides financières que la mairie accorde aux familles dans le besoin. Le Conseil municipal décide, en 1922, d’accorder aux écoliers six jours de vacances entre Noël et le Nouvel An.

 

                   Quant à l’école Saint-Jean, ce n’est qu’en 1937 qu’elle ouvrira grâce au don de M. et Mme Lacoudrais qui, n’ayant pas d’enfants, souhaitent que leur maison devienne une école libre de garçons. Monsieur Joncour en sera le premier directeur.

                  Rappelons qu’à Précigné, en plus de l’enseignement primaire, existe un collège, installé dans l’ancien couvent des Cordeliers, qui a pu rouvrir ses portes, sous la direction de M. Horeau, en 1817 ; dès l’année suivante, il devient petit séminaire. En 1826, il accueille deux cent cinquante élèves, essentiellement originaires de la Mayenne qui, n’étant pas un diocèse, ne possède pas de séminaire. Il devra fermer ses portes en 1905, les congrégations religieuses étant interdites d’enseignement, suite à la loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat.


                  Ce n’est que dans la seconde moitié du XXème siècle que l’organisation scolaire évoluera : mixité, réunion des écoles Saint-Jean et Saint-Joseph, regroupement sur le même site des deux écoles publiques, restaurant scolaire commun pour tous les élèves en 1992.
 
                                                      A suivre…