Chapitre 4 : Le Chemin de Fer

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C'est une invention majeure du XIXème siècle.

En 1854, le train relie Paris et Le Mans. Il faut attendre encore une dizaine d'années pour qu'il arrive à Sablé, le 23 mars 1863. Dès 1861, en vue du prolongement de la ligne jusqu'à Angers, la Compagnie de l'Ouest avait décidé la construction de la gare Pincé-Précigné-Saint Denis d'Anjou, en face du port de Varennes, puisque le trajet retenu était celui passant par Sablé, la ville de La flèche n'étant pas intéressée. Les marchandises pourraient ainsi circuler par fer et sur la Sarthe.

Le premier train s'arrête le 12 décembre 1863.

Pour Précigné et son importante population, c'est une chance. Cependant, la déception est grande que la gare soit à quatre kilomètres du bourg.

Vers la même époque, la route Sablé-Angers est améliorée et élargie dans la traversée de Précigné.

Le train et la route ne peuvent que profiter au commerce. La Commune a besoin d'exporter ses produits agricoles, sa chaux (cent cinquante hectolitres par an), ses briques et poteries, toiles et laines, bois et charbons.

Mais le train inquiéte, il va falloir changer ses habitudes. Ne va-t-il pas nuire aux moyens de locomotion traditionnels ? Précigné possédait un important service de roulage et les voyageurs utilisaient deux voitures publiques appelées diligences.

Pour gagner la gare, il faut une route. Il n'existait qu'un chemin étroit, coupé par deux gués : ceux de Berlin sur la Voutomne et Brétignolle sur la Fontaine sans Fond. On prévoit la construction d'un pont sur le premier, ce qui aura l'avantage de donner du travail aux journaliers. Pour financer ce chemin vicinal, le Conseil municipal recourt une fois de plus à l'emprunt et à un nouvel impôt. On choisit d'élargir le chemin existant, ce qui oblige à une vingtaine d'expropriations pas toujours bien acceptées ; certains propriétaires font cadeau du terrain, d'autres se montrent exigeants. C'est une lourde charge pour la commune.

Heureusement, pour empierrer, on dispose de la carrière toute proche de la Poterie.

Le maire de Précigné demande aux communes voisines, comme Notre Dame du Pé et La Chapelle d'Aligné, qui utiliseront la gare de bien vouloir participer aux frais de la route.

La petite gare s'élève sur un terrain champêtre entouré d'arbres ; c'est un bâtiment à étage, semblable à celui de toutes les gares de France ; le rez-de-chaussée est réservé aux services, le logement du chef de gare est au-dessus. En 1864, la Compagnie de l'Ouest installe un guichet pour la vente des billets et construit une halle aux marchandises, halle qui sera, ultérieurement, remplacée par un hangar plus vaste.

Deux ans plus tard, à Varennes, un bac traverse la Sarthe, remplaçant le bateau qui transportait seulement les gens, permettant le passage des hommes, des chevaux et des carrioles. A la fin du siècle, on expédie six à sept cents tonnes de marchandises et on en reçoit mille ; c'est surtout un commerce de détail, d'où beaucoup de petits paquets. Dans la première moitié du XXème siècle, de grosses quantités de bois seront convoyées par le train.

En 1901, trois arrêts quotidiens de trains vers Le Mans et Angers sont réclamés. Le mouvement de voyageurs est considérable. Certains jours, il peut atteindre le chiffre de deux cents. Le collège amène beaucoup de visiteurs. Bien sûr, les grands trains dits « express » ou « rapide » ne s'arrêtent pas.

L'éloignement du bourg et de la gare pose un problème qui sera toujours difficile à régler. Le transport des gens, des colis et du courrier nécessite qu'un taxi fasse la navette trois fois par jour ; les candidats à ce travail ne seront pas nombreux.

Un café ouvre ses portes à une centaine de mètres de la gare, bistrot qui sera aussi bien apprécié des pécheurs.

Un terrible accident au passage à niveau situé à quelques dizaines de mètres de la gare endeuillera la commune en avril 1935. Un tracteur, attelé d'une remorque chargée de cinq tonnes de ciment destinées à l'usine Alsetex en construction à Malpaire, traverse la voie à faible allure. Le conducteur n'entend pas arriver l'express lancé à cent à l'heure : trois ouvriers sont tués et trois autres blessés.

Le 24 juin 1944, les avions anglais bombardent la gare dans le but de détruire les wagons de marchandises de l'armée allemande stationnés sur une voie annexe ; le bâtiment est intact. Malheureusement, plus loin, sur la commune de Pincé, au pont de l'Outinière, deux Précignéens qui étaient de garde le long de la voie ferrée sont tués.

C'est vers 1990 que les trains cesseront de desservir notre gare qui avait été démolie auparavant.