Chapitre 5 : La Paroisse    x12f24-W200


            N’ayant pas été entretenue durant la Révolution, l’église Saint Pierre menace ruines. C’est une construction de style roman dont les colonnes sont ornées de chapiteaux à feuillages ; le chœur est celui que nous connaissons avec sa voute Plantagenêt ; le clocher s’élève en flèche. En 1805, une sacristie lui est ajoutée.

            Dès 1827, la Fabrique (conseil paroissial) demande en vain sa reconstruction. Faute d’argent, on se contente de quelques travaux. Pour les financer, on envisage de vendre les orgues provenant de l’abbaye du Perray-Neuf qui avait fermé en 1791. L’organiste, Jean Jacques Le Franck, vient de mourir. D’origine alsacienne, il était venu s’établir à Précigné comme organiste d’abord à l’abbaye, puis durant trente ans à l’église paroissiale.

            Enfin, en 1840, après avoir abattu quelques maisons et hangars afin d’agrandir la place qui reste cependant fort petite puisqu'elle est coupée en deux par un groupe de maisons, on décide de construire une église plus vaste, ce qui permettra d’accueillir tous les fidèles fort nombreux à cette époque. Une souscription permet de réunir la moitié du prix, ce qui est considérable ; le reste est financé par la Commune qui recourt à l’emprunt. Après avoir envisagé de démolir complètement l’église, y compris le chœur, on se contente finalement d’allonger la nef et de construire des transepts. Les travaux durent trois ans sous la direction de l’architecte Vivier.

            Ce n’est qu’en 1854 que sont accrochées trois cloches. La Fabrique avait adressé une requête à l’empereur Napoléon III mais elle resta sans réponse. Jusqu’alors, il n’y avait qu’une seule cloche qu’on entendait à peine à la sortie du bourg. Les cloches fondues au Mans à l’entreprise Bollée sont offertes par la Fabrique, la population et Mademoiselle Adélaïde Cobert, bienfaitrice de Précigné.

Entre 1880 et 1887, avec Monsieur Vérité, architecte,  le chœur subit une restauration, les orgues sont réparées et deux absidioles sont construites ; l’une d’elles est ornée de jolis vitraux représentant Notre-Dame de Lourdes et Notre-Dame du Chêne.

             La paroisse est si importante qu’en 1852, alors qu’elle n’était qu’une succursale, elle devient une cure de troisième classe. Vers 1880, en plus du curé, elle obtient la nomination de deux vicaires.

            En 1869, il faut reconstruire le presbytère en ruines, au même endroit sur la place de la Fleuranterie. On avait dû, en 1834, vendre le verger de la cure pour effectuer des réparations urgentes. Les travaux du nouveau presbytère, réalisés par les artisans locaux, sous la direction de M. Lemesle, architecte du diocèse, sont payés par la Commune au moyen d’un nouvel emprunt, par la Fabrique et par une grosse subvention du Ministère de la Justice et des Cultes. La construction est achevée à la fin de 1871.

            Suite à une semaine de mission (période de prédications censées affermir la foi des paroissiens), en 1867, il est décidé, comme c’était la coutume pour en garder le souvenir, d’ériger un calvaire, d’où le nom de « croix de mission », sur un terrain offert par Mademoiselle Paule de Rougé au carrefour des routes de Pincé et de la Roche-Davy. Il s’agit d’une importante croix en bois posée sur un socle de pierre en forme d’autel. Lors des processions de la Fête-Dieu, on y fera une station. Cette croix disparaîtra vers 1980, victime d’un incendie.

            Le marquis de la Suze, propriétaire de la chapelle Saint-Ménelé, offre celle-ci à la Fabrique de Précigné en 1891. En échange, il réclame l’aumône d’une messe annuelle.

            Mademoiselle Paule de Rougé fonde en 1857, à la Vairie, le monastère des Petites Soeurs Réparatrices du Saint Nom de Jésus. On raconte, mais est-ce vrai ? qu'elle l'avait créé pour être assurée d’en devenir la Mère Supérieure.

            Le couvent, après avoir compté une cinquantaine de religieuses cloîtrées, disparaîtra vers 1960, faute de recrutement. Mais après la Première Guerre mondiale, la Vairie sera aussi un orphelinat dirigé par l'abbé Gonnard, puis vers 1970 une annexe du Bon Pasteur du Mans.

            L’église brûle en août 1900.

            Sa reconstruction est à peine achevée que la loi de 1905 instituant la Séparation de l’Eglise et de l’Etat oblige à dresser l’inventaire des objets du culte et du mobilier de l’église afin de les confier à une association cultuelle, ce qui choque la population encore traumatisée par l’incendie.

            En 1906, cet inventaire se passe à Précigné, comme dans de nombreuses paroisses de France, douloureusement mais dans le calme. Alain de Rougé, le maire, entouré du curé, de tout le Conseil municipal et de la foule des paroissiens, adresse une protestation solennelle au fonctionnaire chargé du travail, lui rappelant que « c’est une atteinte à la liberté, une spoliation, cette église est un bien communal bien à nous puisque la Commune devra pendant longtemps rembourser l’emprunt  fait pour sa reconstruction ; quant aux objets, ils sont dus à la générosité des paroissiens ».

            Pour pénétrer dans l’église, le fonctionnaire doit être accompagné de témoins. Les conseillers municipaux refusent ; les instituteurs ont reçu l’ordre du maire de rester dans leur classe ; c’est, finalement, escorté des gendarmes, qu’il entre dans l’église.

                                                                                                                                             A suivre…