La société de Secours Mutuels                  

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               Réclamée depuis longtemps, mais jugée inutile par la mairie puisque Précigné ne comptait que des ouvriers agricoles, cette Société voit le jour en 1876 grâce aux efforts de Messieurs Courtillers et Gilet, futur maire et Madame Brisseau, l’épouse du notaire.

                Monsieur Zaccharie Courtillers, conseiller municipal, devient le premier président jusqu’à son décès en 1893 ; Monsieur Dinand, potier, accepte le poste de trésorier. A ses débuts, la Société réunit une cinquantaine de membres ; en 1914, ils sont cent vingt six puis leur nombre diminue.

            Une Société de Secours Mutuels n’est pas un bureau de charité. Les premières Sociétés naissent au XVIIIè siècle, elles organisent la solidarité entre membres d’une même profession. Interdites sous la Révolution, elles réapparaissent sous l’Empire. Ce n’est qu’en 1852 que la loi les rend officielles. Elles engagent les ouvriers à se réunir pour s’assurer mutuellement des ressources en cas de maladie, d’infirmité ou de vieillesse les empêchant de travailler. C’est l’ancêtre de nos assurances maladie et mutuelles actuelles. Les secours accordés sont prélevés sur les cotisations versés par tous. On reçoit une aide et non pas une aumône. Elle permet de payer les frais médicaux, des indemnités journalières, une retraite et les frais d'obsèques.

            La Société de Secours Mutuels possède une superbe bannière en velours grenat rehaussé de broderies d’or, offerte par le fondateur, pour le dixième anniversaire de son existence. Elle orne maintenant le bureau du maire. Ornée d’un voile noir, elle accompagne le cortège funèbre qui conduit chaque sociétaire défunt au cimetière.

            Pour fêter son cinquantenaire, en 1926, la Société, dont le président est alors le maire Alain de Rougé, organise une fête solennelle qui dure toute la journée avec messe, défilé, la bannière en tête qui pour une fois n’est pas voilée de noir, visite au cimetière pour se recueillir sur les tombes des fondateurs, banquet et bal au café Angebault qui possède une vaste salle pour danser.

            Lors de cette journée, est émis le souhait que tous adhèrent à cette Société afin de ne pas se retrouver à la charge de la collectivité le jour où l’on sera malade et démuni. Cela lui donnerait un nouvel essor.

Le rôle de la Société change après 1945 avec la création de la Sécurité Sociale, elle ne sert plus que de mutuelle complémentaire. Malgré l’augmentation des cotisations en 1947, son budget est en déficit ; celui-ci est encore aggravé les années suivantes par la longue maladie d’un sociétaire. Généreusement, l’Union des Anciens Combattants organise un bal dont les profits sont versés à la Société.

            La Société de Secours Mutuels disparaît vers 1958.

            Qui était Zacharie Courtillers ? Un homme remarquable à qui Précigné doit beaucoup.

Après une carrière de Trésorier-Payeur-Général aux quatre coins de la France, il revient vivre dans son château du Perray. Il se passionne pour l’élevage, ses étables abritent une soixantaine de bovins de race Durham inscrits au Herdbook.

 Les adjectifs élogieux ne manquent pas pour parler de cet homme intelligent, droit, moderne, dévoué, travailleur. Ses fonctions sont multiples : conseiller municipal et d’arrondissement, président du Conseil général.

 Il fait la guerre de 1870 sans rechercher un haut commandement, préférant rester à la tête de sa compagnie pour être proche des soldats de Précigné. A la chute de l’Empire, il se rallie au parti républicain qu’il estime seul capable de démocratie.

Il met ses compétences agricoles au service des agriculteurs. Son père avait créé le comice de Sablé, lui fonde la Société des Agriculteurs de la Sarthe et organise un concours agricole départemental. Grâce à lui, le canton est sillonné d’un bon réseau de chemins vicinaux. Même quand il n’est plus conseiller général, il continue d’apporter des aides aux sociétés locales et aux écoles. Rappelons qu’il crée la Société de Secours Mutuels.

Lors de ses obsèques, selon sa volonté, du pain est distribué aux pauvres. Il est enterré dans notre cimetière. Un obélisque en marbre noir orne la tombe de ce bienfaiteur de la commune mais, hélas, il a été détruit voici une dizaine d’années.

                                                                                                                      A suivre