Alsetex de l’origine à 1967

   Alsetex, aussi appelé S.A.E ou « Société Alsacienne d’Explosifs », société privée qui voit le jour en 1920 à Richwiller, près de Mulhouse, en Alsace.

   Cette société avait alors pour but d’alimenter en explosifs et accessoires de tir les mines de potasse et les houillères des départements de l’est redevenus français après la guerre 14-18.

   En 1935, Alsetex, sentant monter le danger d’une nouvelle guerre, juge prudent de s’éloigner vers l’ouest et s’implante dans la forêt de Malpaire à Précigné. Une étude préalable à son installation, compte tenu de la dangerosité de ses activités, n’a pas suscité d’inquiétude de la part de la municipalité. Est créé, en outre, à Angers, un atelier de mécanique pour l’entretien de l’outillage de fabrication.

   De nombreux employés alsaciens, choisissent de suivre la société en Sarthe et s’installent à la porte de l’usine : la Cité d’Alsace est née ; l’architecture des maisons rappelle leur province d’origine. Les vieux Précignééns se souviennent des noms à consonance alsacienne des nouveaux habitants qui, entre eux, parlent le dialecte de leur région natale. Quelques Italiens qui, à la recherche de travail, avaient émigré d’Italie vers l’Alsace, ont choisi de les accompagner.

   Alsetex, aussi connu sous le nom de la « Poudrière » et qu’à Précigné on appelait simplement « l’Usine » est une chance pour la commune et celles environnantes. Le chômage local baisse, la population croît ainsi que le nombre d'enfants scolarisés. La Société est soucieuse d’être moderne. Par exemple, elle insiste auprès de la municipalité pour bénéficier du service d’eau potable dont l’installation est en cours dans le bourg.

   Une voie ferrée, propriété d'Alsetex, relie l'usine à la gare de Sablé, permettant le transport des marchandises.

   Pendant les années qui précèdent la guerre, les commandes de l’Etat sont nombreuses. A la fin de 1938, des mesures exceptionnelles sont prises pour intensifier la production. D’anciens ouvriers sont réintégrés. La presse locale relate, en novembre 38, qu’un avion allemand sur lequel on distingue la croix gammée, en mission d’espionnage, survole à basse altitude Malpaire. Quand la guerre éclate, en septembre 39, Alsetex se met au service de la Défense Nationale. Les effectifs triplent et atteignent, avec les soldats mobilisés envoyés par l’armée, le chiffre de trois mille employés ; afin d’en loger une centaine, la direction loue la salle des fêtes de la commune. La population de Précigné approche des sept mille habitants, ce qui n’est pas sans poser des problèmes. L’usine fabrique des bouchons-allumeurs de grenades, au rythme d’un million par mois.

   Dans la nuit du 17 au 18 juin 1940, suite à un ordre émanant du Ministère de la Défense , la direction d’Alsetex doit précipitamment quitter Malpaire. Messieurs Levi, administrateur, et Mortreux, directeur, informent Monsieur Jolivet, premier adjoint faisant office de maire, de leur départ, précisant qu’ils laissent l’usine toutes portes ouvertes avec le matériel et les munitions en stock ou en cours de fabrication. Plusieurs employés et leurs familles choisissent de suivre la direction : il s’agit principalement des Alsaciens et des Italiens. Ils se réfugient d’abord à Capvern les Bains dans les Pyrénées puis ensuite à Vizille en Isère où Alsetex ne va plus marcher qu’au ralenti. Cette fuite fait mauvais effet : des rumeurs malveillantes se répandent dans la région, elles jettent la suspicion sur l’activité d’Alsetex et le patriotisme de ses chefs alors que ceux-ci ont toujours eu une conduite exemplaire, notamment durant la guerre 14-18.

   Fin juin, les ateliers ouverts et les maisons fermées mais abandonnées attirent curieux et pilleurs. Si certains se contentent de visiter ou d’emporter quelques pots de géraniums, d’autres se servent copieusement, utilisant même une charrette tirée par un âne ou un cheval. Malheureusement pour eux, le passage d’un âne tirant un tombereau bien rempli intrigue la Garde civique qui met la bête en fourrière dans l’écurie de l’hôtel de la Boule d’Or et confisque la charrette. La liste des objets volés est longue et variée : denrées alimentaires, champagne, outils, vêtements, linge, literie, toile noire si utile à cette époque pour occulter les lumières aux fenêtres, vélos, meubles, chaudières, etc… Au printemps 1941, le tribunal correctionnel de La Flèche condamnera quarante et une personnes à des peines d’amendes.

    Au début de juillet 1940, l'armée allemande, comptant plus de 400 militaires, dont une quinzaine d'officiers, occupe l'usine de Malpaire qu'elle considère comme " prise de guerre ". Désormais, la production est destinée au Reich. De nombreux ouvriers sont embauchés parmi lesquels beaucoup de ceux qui y travaillaient avant-guerre. Certains avaient suivi Alsetex dans son exode vers le sud mais ils sont revenus.

   En 1944 dans la nuit du 7 au 8 mai, l'usine est bombardée par des avions anglais avec une grande précision puisqu'une seule bombe rate son objectif. Les Allemands immédiatement reconstruisent les ateliers mais les maisons de la Cité d'Alsace sont intactes, mises à part leurs vitres brisées.

   Comme les Alliés approchent de Sablé, les Allemands, se sentant perdus et ne voulant rien laisser derrière eux,"  pas même une allumette " déclare leur chef, décide le 11 août le sabotage de leurs munitions en les faisant exploser. C'est un vacarme effrayant durant trente-six heures. Ils tuent aussi leurs chevaux. Puios ils quittent l'usine et Précigné avec leurs camions. 

   Dès la fin de 1944, l’usine Alsetex, dont les bâtiments avaient été presque rasés en août, est reconstruite et recommence à tourner à plein régime. Hélas, en décembre, la manipulation d’un obus de DCA provoque un accident ; cinq ouvriers sont très grièvement blessés.

   En 1950, Alsetex met au point des mines antichars et antipersonnelles et en fabrique 90 000 pour les premières et 20 000 pour les secondes par mois. L’Etat en acquiert les brevets innovants et performants. Un atelier de transformation de plastique est créé à la même époque. En 1953, sort le premier lot de munitions offshore. 1955 est une année d’intense activité grâce à des procédés de fabrication originaux. Alsetex bénéficie d’un laboratoire très moderne et d’un vaste terrain d’expérimentation. Des personnalités étrangères visitent l’usine, de grosses commandes affluent de différents pays. Une usine similaire est installée dans un pays allié.

   A côté du travail, se développent à Malpaire des activités de loisirs. En juin 1938, une kermesse avait été organisée par le personnel, au cours de laquelle on avait distribué des médailles de bronze à l’effigie du « travail ». Une fête omni-sports inaugure le stade récemment construit en juillet 1950. Se succèdent des tournois de football, basket, volley, tennis, boules. Chaque mois de décembre, Alsetex organise un arbre de Noël avec distribution de cadeaux aux enfants du personnel. Tous les ans, un bal permet de faire la fête.

   Dans les années 50, l’usine Alsetex compte mille deux cents employés qui viennent non seulement de Précigné et des communes du canton mais aussi des départements voisins. Plusieurs cars viennent les chercher et les ramener. Les Précignéens âgés ont en mémoire les nombreux vélos qui, tôt le matin et en fin d’après-midi, traversaient Précigné. Bien sur, une cantine fonctionne le midi.

   La présence d’une usine dynamique contribue à éviter le départ de la main d’œuvre locale vers la ville et fait évoluer la vie rurale : des agriculteurs, qui vivent mal sur une exploitation trop petite, vont faire le choix du travail ouvrier ; l’usine attire également une main d’œuvre féminine.

   L’année 1963 sonne le glas de la prospérité d’Alsetex. Durant cet hiver particulièrement froid, la France manque de charbon et l’usine en subit la conséquence : trois jours de chômage sont imposés. En mai de la même année, deux cent cinquante ouvriers sont licenciés. De mille deux cents, l’effectif passe à neuf cent cinquante. C’est la stupeur dans la commune. Les ouvriers se mettent en grève et organisent une marche vers la mairie. L’intervention du maire, Monsieur Robert d’Ussel, auprès de la direction, restera sans effet.

   L’année 1964 est pire encore : les licenciements se multiplient, ils ne sont plus que six cents ouvriers, bientôt il n’en restera plus que deux cent cinquante, la direction n’exclut pas une fermeture totale. Pourtant, Alsetex a racheté la société Alskanor spécialiste des maisons préfabriquées et qui emploie, elle aussi deux cent cinquante personnes. En février, l’usine est endeuillée par la mort de trois ouvriers tués par une explosion. Par esprit de solidarité avec les familles en difficulté à cause du chômage, l’école privée annule sa traditionnelle kermesse estivale à Bois Dauphin.

   En décembre 1967, Alsetex cède la moitié de l’usine avec les maisons de la cité d’Alsace à la société SITEC. Elle devient la SAE et diversifie ses activités pyrotechniques. Elle intègre le groupe Etienne Lacroix ( Lacroix defence and security ).

E.M.

Sources : presse locale (article de 1957) et registre municipal.